Anticiper la sécheresse et s’adapter à ses conséquences

Étiage : rivière la Ligne à sec, Ardèche

Étiage : rivière la Ligne à sec, Ardèche

Anticiper la sécheresse et s’adapter à ses conséquences

11 avril 2019 -
Sécheresse
Pressions sur les milieux et risques
La prévision de la sécheresse s’appuie sur les suivis hydrologiques et météorologiques disponibles, mais reste difficile. Le principal levier d’action est l’encadrement des prélèvements d’eau, mais il est aussi possible de favoriser les capacités naturelles des milieux à retenir l’eau. À moyen terme, l’adaptation au changement climatique semble indispensable face à des sécheresses qui deviendront de plus en plus fréquentes.

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Assurer un suivi de situation hydrologique et météorologique

Les sécheresses sont difficiles à prévoir. Contrairement aux évènements climatiques soudains, le phénomène de sécheresse est très progressif. Au-delà de quelques jours, les prévisions météorologiques permettent seulement de connaître les tendances globales, mais pas les épisodes pluvieux, ni les volumes de précipitations.

Un suivi de situation hydrologique globale est réalisé par le ministère chargé de l’environnement, avec la contribution de nombreux partenaire (Météo France, BRGM, AFB, etc.). Il permet d’avoir une vision globale de la sécheresse des sols, ainsi que du niveau d’eau des nappes et des milieux aquatiques. L’analyse des phénomènes et de leur tendance dans le temps permet d’estimer les risques de sécheresse à venir. Par exemple, si au sortir de l’hiver le niveau des nappes souterraines est globalement bas par rapport à une année classique (à cause d’une faible recharge hivernale, par exemple), le risque qu’une sécheresse hydrologique survienne l’été qui suit est plus important que d’habitude.

Bulletins de situation hydrologique

Le bulletin de situation hydrologique (BSH) présente l’évolution mensuelle des ressources en eau.
Accédez au dernier bulletin et aux bulletins précédents sur la page du BSH.

Vigilance Météo-France

Le site Vigilance Météo diffuse les informations sur les phénomènes météorologiques dangereux tous les jours.
Accédez aux informations du jour.

Un suivi des étiages des cours d’eau est réalisé par l’AFB dans le cadre de l’observatoire national des étiages (Onde). Réparti sur l’ensemble du territoire, ce réseau d’observation des écoulements permet de suivre les phénomènes d’étiages estivaux, afin d’appuyer la gestion de crise, mais aussi d’améliorer la compréhension de ces phénomènes. Au contraire des suivis hydrologiques, Onde repose sur une caractérisation mensuelle des écoulements par observation visuelle. Il est mis en œuvre de mai à septembre chaque année, et peut être déclenché à tout moment en situation de crise.

Onde Observatoire national des étiages

Le site Onde présente les données d’étiage des cours d’eau sur l’ensemble de la métropole.
Accédez aux observations visuelles réalisées par les agents départementaux de l'AFB pendant la période estivale sur l’écoulement des cours d’eau.

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Optimiser et restreindre les prélèvements d’eau

Le premier levier d’adaptation est la réduction des prélèvements d’eau effectués pour les différents usages. Les économies potentielles concernent tous les domaines : bonnes pratiques à la maison, recherche et réparation des fuites des réseaux de distribution d’eau potable, utilisation de technologies moins consommatrices d’eau pour l’industrie, refroidissement en circuit fermé pour la production d’électricité, systèmes agricoles moins consommateurs d’eau, etc. (en savoir plus sur les usages de l’eau et des milieux aquatiques).

Il est aussi souhaitable de réduire la vulnérabilité des usages. En agriculture par exemple, il est possible de substituer certaines cultures par d’autres, moins demandeuses en eau, sans pour autant avoir à changer de système agricole. C’est ainsi que la culture du sorgho peut remplacer celle du maïs pour la production d’aliments pour le bétail, avec des besoins d’irrigation plus faibles.

La culture de sorgho fourrager a des besoins d’irrigation plus faibles que le maïs.

Culture de sorgho fourrager

La réglementation relative à la sécheresse concerne essentiellement les prélèvements d’eau, puisque c’est le principal facteur qui peut être contrôlé. Elle repose sur un encadrement des prélèvements d’eau, qui peuvent être soumis à autorisation selon les volumes prélevés. En cas de sécheresse hydrologique, peuvent s’ajouter des restrictions temporaire des usages de l’eau, déclenchées par le préfet à l’échelle du département (par arrêté préfectoral). L’objectif de ces mesures temporaires est de préserver les écosystèmes aquatiques, mais aussi de garantir un accès à l’eau aux usages prioritaires : alimentation en eau potable, sécurité civile et santé.

Les restrictions sont déclenchées au cas par cas. Elles peuvent aller de l’incitation aux économies d’eau jusqu’à la stricte interdiction des prélèvements dans les situations les plus critiques (en savoir plus sur les prélèvements et les restrictions qui peuvent s’y appliquer).

Propluvia Arrêtés sécheresse

Le site Propluvia permet de connaître les restrictions en cours pour les départements de métropole, et d’accéder aux arrêtés préfectoraux instaurant ces restrictions.

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Préserver la capacité des milieux à retenir l’eau

Un autre levier consiste à préserver la capacité naturelle des milieux aquatiques à retenir l’eau. C’est par exemple le cas des milieux humides, comme certaines prairies, dont le sol reste gorgé d’eau très longtemps. Les travaux de drainage qui visent à les assécher réduisent fortement cette capacité, et augmentent leur vulnérabilité à la sécheresse. Leur présence dans un bassin versant contribue au contraire à ralentir les phénomènes de sécheresse.

Autre exemple, la végétation boisée qui se développe sur les rives des milieux aquatiques - appelée ripisylve - permet de limiter l’exposition au soleil et au vent à proximité des berges.
Elle est particulièrement efficace pour limiter l’échauffement de l’eau des petits cours d’eau.

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S’adapter aux sécheresses en vue du changement climatique

Le changement climatique est susceptible de conduire à une augmentation de la fréquence et de la sévérité des sécheresses dans les décennies à venir. Pour limiter l’impact de ces évènements climatiques sur les usages de l’eau, tout en préservant les milieux naturels et leur biodiversité, s’adapter est indispensable. Mieux gérer et anticiper les sécheresses est l’un des enjeux de l’adaptation au changement climatique.

Cette adaptation est l’objet du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC). Adopté en 2011 suite au Grenelle de l’environnement, il est en cours de renouvellement, avec pour objectif une adaptation à une hausse des températures de 1,5 à 2 degrés Celsius par rapport au XIXe siècle. Parmi les priorités figure l’adaptation et la préservation des milieux.

Construire des retenues d’eau ?

Constituer des réserves d’eau en hiver pour les utiliser en été peut être une solution complémentaire, si le remplissage est effectué à partir d’eau prélevée dans les cours d’eau en crue. Dans ce cas, l’action permet de stocker une réserve d’eau, utile en cas de sécheresse à la saison estivale.

En revanche, lorsque le remplissage des retenues est réalisé à partir des eaux souterraines, il a pour effet de diminuer la capacité de recharge des nappes, et peut donc s’avérer contre-productif. De plus, l’eau stockée dans les retenues peut voir sa qualité se dégrader par l’échauffement ou l’eutrophisation.

Cette solution est notamment employée dans le cadre des activités agricoles, où des retenues de petites tailles sont utilisées pour l’irrigation. Elle est aussi mise en œuvre à plus grande échelle sur le bassin de la Seine, où quatre grands lacs réservoirs permettent de stocker de très grands volumes d’eau pour assurer un soutien d’étiage de la Seine en été. Dans ce cas précis, ils contribuent aussi à réduire les risques d’inondation en hiver.