Les introductions d’espèces potentiellement invasives

Tortue de Floride (Pseudemys nelson)

Tortue de Floride (Pseudemys nelson)
Espèce envahissante

Les introductions d’espèces potentiellement invasives

21 décembre 2018 -
Introduction d'espèces
Pressions sur les milieux et risques
Les espèces introduites en dehors de leur aire de répartition deviennent parfois envahissantes. Elles peuvent alors avoir des conséquences sur la biodiversité aquatique et le fonctionnement des milieux, et nuire à la santé, à la sécurité ou aux différents usages. Difficiles à éradiquer lorsqu’elles sont implantées, leur lutte passe surtout par la prévention de leur introduction et la mise en place de systèmes de détection précoce.

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L’introduction d’espèce et les espèces invasives

L’introduction d’une espèce désigne le fait de déplacer des individus d’une espèce en dehors de son aire de répartition naturelle. Les différentes espèces occupent une aire de répartition plus ou moins grande, mais généralement limitée à une partie du Monde : tout ou partie d’un continent, une île, etc. Dans cette zone, l’espèce est qualifiée de native (ou autochtone), c’est-à-dire qu’elle y est présente naturellement.

En dehors de son aire de répartition naturelle, une espèce présente dans la zone est dite exotique (ou allochtone). Certaines espèces exotiques se propagent de manière soudaine, au point d’avoir des conséquences négatives sur la biodiversité locale, la santé ou les activités humaines. Dans ce cas, elles sont qualifiées d’espèces exotiques envahissantes (EEE ou espèces invasives - terminologie dérivée de l’anglais).

L'introduction d'espèces exotiques envahissantes

L'introduction d'espèces exotiques envahissantes

Pour quelles raisons une espèce devient envahissante ?

Les raisons qui expliquent qu’une espèce devient envahissante sont difficiles à déterminer. Globalement, cela tient à son arrivée dans un écosystème au sein duquel elle ne rencontre ni prédateur, ni agent pathogène ou parasite susceptibles de ralentir son expansion. Elle représente par ailleurs une compétition à laquelle les espèces natives ne sont pas adaptées : celles-ci déclinent de ce fait généralement rapidement.

Les introductions d’espèces sont en grande partie provoquées par les activités humaines. Il peut s’agir d’introductions réalisées volontairement pour différentes raisons : l’exploitation du potentiel d’une nouvelle espèce, l’utilisation de plantes en ornement, la culture d’une nouvelle espèce, l’élevage d’une espèce pour sa fourrure, etc. Ainsi, plusieurs espèces de poissons ont été importées d’autres continents et relâchées volontairement dans les rivières de métropole pour enrichir la diversité de poissons : c’est le cas par exemple de la perche soleil. Autre exemple, de nombreuses espèces végétales ont été importées pour décorer les aquariums, avant de se retrouver accidentellement dans la nature : la jacinthe d’eau, les jussies, l’élodée du Canada, etc., devenues envahissantes.

Les modes d’introduction d’espèces exotiques envahissantes

Les modes d’introduction d’espèces exotiques envahissantes

Les introductions d’espèces peuvent aussi être involontaires : des transports inattendus dus au commerce fluvial et maritime ou de la construction de canaux reliant deux mers préalablement indépendantes, de relâchage intempestif en même temps que les eaux de ballast, du commerce de semences, etc. Par exemple, les crépidules ont été transportées accidentellement sur les côtes de la Manche lors du commerce d’huîtres.

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Les impacts potentiels des introductions d’espèces

Les espèces exotiques envahissantes sont susceptibles d’impacter la biodiversité d’un milieu. Elles peuvent provoquer la disparition des espèces natives de plusieurs manières : hybridation, prédation, transmission de maladies, etc.

L'extinction d'une espèce

L'extinction d'une espèce

Par exemple, l’hybridation de l’érismature à tête rousse - espèce invasive d’origine américaine - avec sa cousine indigène à tête blanche contribue à faire de l’érismature à tête blanche l’une des espèces de canard les plus menacées de disparition en Europe. Des impacts sont aussi possibles sur le fonctionnement naturel des écosystèmes, par exemple lorsque des plantes envahissantes comme l’égérie dense encombrent un ruisseau et ralentissent l’écoulement des eaux. Ces conséquences peuvent être variées : modification de la chaîne alimentaire, de la température, de l’acidité de l’eau, fragilisation des berges, etc.

En France métropolitaine, le pourcentage de zones humides touchées par au moins une espèce envahissante ou proliférante est passé de 92,5% en 1990 à 99,1% en 2010.
Parmi les 44 espèces présentes dans au moins 10% de ces sites entre 2000 et 2010 :
- 32 (73%) ne progressent pas ou progressent très faiblement ;
- 12 (27%) s'accroissent significativement.
Par ailleurs, 35 d'entre elles (85%) sont soumises à des opérations de régulation.

Les îles, particulièrement vulnérables

De par leur isolement géographique vis-à-vis des continents, les îles présentent des écosystèmes particuliers avec un nombre d’espèces souvent restreint, mais avec un fort taux d’endémisme (espèces qui ne s’observent que sur une île donnée). Elles sont particulièrement sensibles à l’introduction d’espèces, en premier lieu les rongeurs, mais aussi les plantes, les oiseaux ou les reptiles.

C’est ce qui justifie les restrictions de transport de végétaux et d’animaux depuis et vers les territoires ultra-marins. Malgré cela, de nombreuses espèces ont déjà été introduites. Par exemple, 11 espèces de poissons d’eau douce ont été introduites à la Réunion, alors que l’île ne contient que 21 espèces indigènes (d’après UICN).

Les espèces exotiques envahissantes sont aussi susceptibles de représenter un risque pour la santé humaine. Par exemple, le ragondin peut transmettre des maladies à l’homme (la leptospirose notamment), par l’intermédiaire de l’eau lors de la baignade.

La sécurité des personnes peut aussi être en jeu : par exemple, les plantes exotiques - comme les élodées - forment des herbiers suffisamment denses pour colmater les pompes des circuits de refroidissement des centrales nucléaires si elles sont arrachées par les crues et s’accumulent dans les installations.

Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes

Le Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes propose des informations générales sur le sujet, des actualités locales, nationales et internationales régulières, ainsi que de nombreuses ressources réglementaires, techniques et scientifiques.
Consultez le site du Centre de ressources Espèces exotiques envahissantes

Les espèces exotiques envahissantes peuvent enfin avoir des impacts sur les usages de l’eau et des milieux aquatiques lorsqu’elles provoquent des mortalités d’espèces exploitées - en aquaculture par exemple - ou qu’elles compliquent l’accès à l’eau ou aux milieux.
C’est ainsi que les renouées exotiques peuvent rendre l’accès aux berges des cours d’eau impossible pour les usagers de loisir (pêcheurs, kayakistes, etc.).

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Prévenir et gérer les espèces exotiques envahissantes

Éradiquer une espèce exotique envahissante bien installée est généralement très difficile et coûteux. Les actions de lutte peuvent impacter indirectement les milieux et la biodiversité autochtone, et même s’avérer contre-productives si elles favorisent la dispersion de l’espèce cible. Elles sont néanmoins indispensables pour les espèces dont les impacts sont importants, et font généralement appel à des techniques de piégeage ou d’arrachage.

Pour ces raisons, une gestion préventive est préférable à une gestion curative. Une grande partie de la réglementation existante vise donc à prévenir les introductions d’espèces exotiques qui peuvent s’avérer envahissantes. Plusieurs conventions internationales apportent des recommandations aux États pour y parvenir. Les textes européens - en particulier le règlement du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes - encadrent par exemple le commerce de la faune et la flore sauvage, ainsi que l’utilisation d’espèces exotiques en aquaculture. Le Code de l’environnement comprend plusieurs dispositions, et fixe par exemple la liste des espèces dont l’introduction est strictement interdite.

Par ailleurs, afin d’améliorer la détection précoce de l’introduction de nouvelles espèces exotiques envahissantes, le règlement européen demande désormais aux États membres de mettre en œuvre des systèmes de veille et d’alerte. Engagée suffisamment tôt, la lutte contre une espèce exotique envahissante peut en effet permettre plus facilement son éradication.